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Le château de l'Aventure. |
Saisie informatique : Louis BRIN.
NOTICE HISTORIQUE SUR LA FAMILLE DE THEÏS ET SUR LE CHATEAU DE L’AVENTURE A Autreville, près Chauny (Aisne),
PAR M. l’Abbé CARON Curé Desservant d’AUTREVILLE.
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Origine de la famille de THEÏS.
Ses Premiers représentants en Picardie : à CHAUNY, à AUTREVILLE.
Création du Château de L’AVENTURE.
La Princesse de SALM.
Alexandre-Etienne de THEÏS : Ses principaux ouvrages.
Charles-Constant de THEÏS : Son musée. Ses bons amis ; article du Mémorial Diplomatique.
Madame la Comtesse de SAINT-CRICQ.
Beaux vers de Monsieur le Baron de SAINT-CRICQ à son oncle, feu M. le baron de THEÏS.
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NOTES
SUR LA FAMILLE DE THEÏS
ET SUR LE CHATEAU DE L’AVENTURE.
Au moment où va s’ouvrir, à l’hôtel Drouot, à Paris, la vente du magnifique musée de l’Aventure, nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en publiant ici, sur la famille de Theïs, qui vient de s’éteindre, quant au nom, les notes suivantes que nous communique M. l’abbé Caron, curé d’Autreville.
I
La famille de Theïs est originaire du Dauphiné.
De nombreux documents d’accord avec la tradition, rattachent cette famille à l’antique maison de Theys (1) si célèbre dans les vallées dauphinoises où son nom se trouve mêlé avec ceux d’Alleman, deTerrail, d’Arces, de Salvaing, de Beaumont et de Comines à l’histoire des temps chevaleresques dans les croisades et les tournois.
Ce qui est certain, dit M. Grellet (2), ce qui est écrit dans un titre un peu vaincu du temps, mais scellé du vieux sceau royal et précieusement transmis de génération en génération, c’est que, au XVI° siècle, Adolphe de Theïs, un rude et brave capitaine de Lansquenets, vint s’établir en Picardie y portant des lettres signées de François 1er, où étaient attestés ses grands et loyaux services à la France tant au fait des guerres que autrement.
M. Bréart, dans ses Etudes historiques sur Chauny, publiées dans ce journal, nous révèle l’existence, à Chauny, d’une maison occupée, en 1572, par Adolphe de Theïs, puis par Charles de Theïs qui vivait vers 1570 et qui épousa Florence Vaillant. De ce mariage sont sortis Claude de Theïs, maire de Chauny en 1675, marié à Marie Waubert ; François de Theïs né en 1629, mort à Château-Thierry le 16 juin 1680 ; il avait été provincial des Minimes.
Claude eut de Marie Waubert plusieurs enfants, dont un fils portant le même prénom, Claude de Theïs, qui fut procureur du roi à Chauny et subdélégué de l’Intendant aux années 1710, 1718 et 1733, et une fille mariée à Charles Mégret, avocat à Saint-Quentin.
Nous pouvons encore citer, toujours d’après M. Bréart (loc. cit.) d’autres membres de cette famille encore si dignement représentée aujourd’hui et qui a été dans la personne de Charles de Theïs, le bourgeois du seizième siècle, la bienfaitrice de la ville.
En 1607 vivait marie de Theïs, veuve de Pierre Lhomme ; en 1615, Reine de Theïs, épouse de Denis de La Marlière ; en 1625, Louise de Theïs, morte en 1646, inhumée dans l’église de Notre-Dame (3) ; Madeleine de Theïs, vivant en 1662, épouse de Gabriel Souaille, lieutenant général du bailliage ; Agnès de Theïs, vers 1700, épouse de Louis de Hagues de Belleville; Charles de Theïs, en 1700, prêtre, docteur en théologie, vicaire-général de l’évêché de Noyon ; Madeleine de Theïs, veuve en 1706 de Charles Duchesne, écuyer, seigneur de Charmes; Jacqueline de Theïs, épouse de Pierre Parmentier, greffier du bailliage de Chauny, enfin Marie-Alexandre de Theïs, avocat au Parlement, ancien maître particulier de la ville de Nantes, nommé procureur du roi à Chauny le 12 novembre 1772 et qui ayant donné sa démission en juin 1774 se retira à l’Aventure, à Autreville, près Chauny.
Dès lors l’Aventure devint le séjour de prédilection de la famille de Theïs.
II
Marie-Alexandre de Theïs fut pour ainsi dire le créateur de l’Aventure (4). Au commencement du siècle dernier, il n’y avait guère en cet endroit que d’antiques ruines provenant d’une maladrerie abandonnée depuis longtemps. L’ancien juge-maître des eaux et forêts de la ville de Nantes transforma ce désert en une charmante résidence.
De ces ruines infectes l’on vit sortir un beau jour, comme par enchantement, un castel et un jardin délicieux. Le cèdre de Liban s’éleva même du milieu de ces ruines !
Marie-Alexandre de Theïs passa les années de sa vieillesse au château de l’Aventure, que sa fille, Constance de Theïs, appelait déjà, en décembre 1794, une retraite,
Asile de la paix, Qu’embellissent les arts, l’étude, la science (5).
Marie-Alexandre de Theïs est l’auteur du recueil si intéressant de contes moraux, intitulé : « Le Singe de La Fontaine ».
Marie-Alexandre de Theïs eut deux enfants, Alexandre-Etienne et Constance de Theïs, qui héritèrent de son talent comme de son nom.
Constance de Theïs, plus connue sous le nom de princesse de Salm, habita longtemps l’Aventure.
Elle aimait beaucoup la retraite de son père mais bien peu les champs et les hameaux qui l’environnent. Elle nous a laissé de ces derniers une description par trop réaliste dont voici quelques vers d’un intérêt tout local :
....Que serait-ce encore, si, de la fade idylle, Bravant pour t’éclairer et le goût et le style, Je te peignais les champs, leurs charmes prétendus, Tels que tu les verrais, tels que je les ai vus ! Si du bon villageois, du fermier respectable, Après t’avoir montré la famille estimable, A leurs simples vertus sans voile j’opposais Ce que près d’eux aussi partout tu trouverais : La ruse, l’âpreté, filles de l’indigence, Dont les mœurs, le langage et jusqu’à la gaîté Blesseront ton esprit par leur rusticité. Celui-là satisfait et se plaignant sans cesse; Celui-ci t’effrayant dans sa grossière ivresse; Mille autres vagabonds, par le besoin instruits A dérober tes grains, tes arbres, ou tes fruits ? Tous (mais aussi pourquoi montrer à leur misère L’inutile tableau de ton destin prospère), Tous, dans le fond du cœur, croyant de bonne foi Que le sort leur ravit ce qu’il a fait pour toi. Te parlerai-je aussi de la chaumière obscure Qui semble dégrader et l’homme et la nature; De ces bois où, malgré le jour le plus serein, Il faut craindre le soir l’air humide et malsain; De ces champs, zone ardente, où lorsque la lumière En rayons dévorants tombe à plomb sur la terre, Surchargés de fardeaux, de rares habitants Marchent le dos courbé, les pieds nus et sanglants ? Triste état que pour eux le temps change en usage ; Mais qui déchire une âme étrangère au village. Te décrirai-je enfin ces éternels hivers, Où la neige à tes yeux voilera l’univers ; Où des chemins gâtés, t’opposant leur barrière, Chez toi te forceront à rester prisonnière.
(Extrait de l’Epître sur les inconvénients du séjour de la campagne).
La princesse de Salmon a été surnommée la Muse de la raison et le Boileau des femmes. Elle est morte à Paris en 1845. Ses œuvres complètes, prose et poésies, forment quatre volumes In-8°.
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Alexandre-Etienne-Guillaume, baron de Theïs, et frère de la princesse de Salm, se retira au château de l’Aventure.
Il avait été successivement conseiller de préfecture et maire de Laon, préfet de la Haute-Vienne et officier de la Légion d’honneur. On a de lui plusieurs ouvrages très-estimés : Le Glossaire de botanique, le Voyage de Polyclète, dans lequel il fait connaître l’Italie antique comme le Voyage d’Anacharsis fait connaître la Grèce ; la Politique des Nations, qui résume l’histoire des tous les peuples et prouve que partout et toujours la guerre a été la conséquence inévitable de l’accroissement des populations. C’est au sein même d’une paix profonde, dit un des biographe de M. le baron de Theïs père (6), que l’auteur semble proclamer ces instincts de destruction chez l’espèce humaine. C’est avec le cœur le plus sympathique pour ses semblables qu’il professe cette philosophie pessimiste à laquelle, du reste, nous ne savons donner d’autre démenti que celui de nos guerres civiles à chaque quart de siècle, ou bien le spectacle de nations qui s’avancent en bon ordre contre d’autres nations pour s’entr’égorger.
C’est en 1828 que la plume prophétique de l’éminent écrivain dont nous parlons traçait les lignes suivantes que l’on dirait écrites d’hier :
« Qu’elle étendue ! que d’hommes ! que de soldats ! que d’instruments de grandeur dans l’avenir ! que de causes de terreur pour le monde entier ! Oui, la Russie menace le monde. Les moyens existent, la volonté est connue, l’exécution s’approche. Déjà elle commande à la moitié de l’Europe, et elle glace d’effroi l’autre moitié. Elle possède toute la partie guerrière de l’Asie ; les enfants de Gengis-Kan lui obéissent ; après six siècles d’intervalle, elle peut conduire aux sources éternelles des richesses, et y puiser ce qui lui manque encore. L’Arabie, l’Egypte, qui sont si loin d’elle, s’alarment à son nom prononcé ; enfin, dépassant ce vieux continent où elle tient une si grande place, elle attaque le nouveau monde à revers, et les Anglo-Américains s’étonnent d’avoir à traiter, pour leurs limites, avec un peuple dont ils semblaient devoir à tout jamais ignorer l’existence. La Russie s’est avancée, de son pas de géant, du Borystène à la Vistule ; encore un pas et elle touchera aux bords du Rhin. Ces temps sont éloignés ; mais ils peuvent arriver ; ils arriveront. Les pas sont comptés, la marche est régulière, le but est en évidence. Oui, l’empire de Russie prélude à la monarchie universelle par une influence qui pèse sur toutes les nations ; il préside au conseil des rois ; il dirige leur politique, il leur ordonne ou leur défend la guerre ; bientôt il leur choisira des ministres, et partout déjà ses ambassadeurs proclament les volontés plutôt que les intentions de leur maître. Devant lui s’ouvre le chemin de Byzance, montré avec tant d’ostentation à Catherine II ; et avec quelle ardeur ils s’y précipiteront, ces hommes du Nord, si avides de jouissances ! Que d’attraits auront pour eux ces vins de Grèce si renommés, ces parfums délicieux, ces fruits exquis, ce ciel heureux, ces champs autrefois si riches et toujours si féconds ! Quelle conquête glorieuse pour les successeurs de Pierre-le-Grand, que ce trône où ont siégé tant d’empereurs !... »
Le baron Alexandre de Theïs, dit son biographe Bousquet (loc. cit.), s’est éteint aussi paisiblement qu’il avait vécu, à Paris, le 24 décembre 1842, dans les bras d’une fille aimée et pieuse, qu’il avait ornée à plaisir de tous les talents et de toutes les vertus.
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Tout récemment son fils, M. le baron Charles de Theïs, est mort, lui aussi, entre les bras de Madame la comtesse de Saint-Cricq, sa sœur. Voici, pour compléter ce que nous avons dit dans notre petite allocution du 11 mars dernier, sur notre bon et regretté baron Charles de Theïs, l’article nécrologique du Mémorial diplomatique :
Le corps consulaire français vient d’éprouver une perte qui sera vivement sentie, dans la personne de M. le baron de Theïs, décédé à l’âge de 70 ans, après une longue carrière laborieusement et très-honorablement remplie.
Originaire d’une ancienne famille du Dauphiné, fière de compter parmi ses membres le chevalier Bayard, M. de Theïs entra jeune au ministère des Affaires étrangères et débuta à l’extérieur, comme élève consul, en 1831. Nommé successivement à Leipzick, à Gênes, à Varsovie, consul général à Tunis, à Anvers et à Venise, son dernier poste, M. de Theïs sut mériter l’estime des divers ministres sous lesquels il servit, et il eut la satisfaction, vers la fin de sa carrière active, de voir son zèle récompensé par le grade de Commandeur de la Légion d’honneur.
Durant le peu de loisirs que lui laissaient ses fonctions, M. le baron de Theïs se livrait spécialement aux études archéologiques. C’est ainsi que, lorsqu’il était chargé d’affaires en Tunisie, il explora attentivement les ruines de Carthage, et recueillit une curieuse collection d’antiquités que nous signalons aux savants qu’attirent les souvenirs de Scipion, de saint Cyprien et de notre saint Louis.
Dans toutes ses missions, le baron de Theïs avait toujours montré autant de fermeté que de modération, et une aménité de manières qui est aussi une force diplomatique et qui lui avait valu l’affection de tous ses collègues.
Comme son père, M. le baron Charles de Theïs se retira de bonne heure au château de l’Aventure.
C’est là qu’il rassembla les antiquités qu’il avait rapportées de ses lointains voyages. Son petit castel devint un vrai musée de premier ordre. Toutes les chambres et tous les corridors furent ornés d’émaux de Limoges, de faïences italiennes, françaises et hollandaises, de vitraux de Venise et de Bohème, de sculptures en bois, en ivoire, en marbre, de porcelaines de la Chine, du Japon et de la Saxe, d’armes et de monnaies anciennes, de meubles du XVI° siècle, de tableaux, de tapisseries, de miniatures, de bijoux, etc., etc.
C’est là qu’il passa les jours de sa glorieuse retraite, entouré de ces mêmes serviteurs qui l’avaient suivi dans ses missions ; de ces serviteurs semblables à l’Eumée de l’Odyssée et s’écriant, à son exemple : « Dans quelque lieu que j’aille, jamais je ne trouverai un maître comme lui, un maître aussi doux ; non, quand même je retournerais dans la maison de mon père et de ma mère, dans la maison où j’ai reçu le jour et où a été élevée mon enfance. Aussi, n’ai-je pas tant pleuré du regret de ne pouvoir aller les voir dans ma terre natale que de la douleur que me cause l’absence d’Ulysse, dont j’évite de prononcer le nom depuis qu’il n’est plus là, car il m’aimait et avait soin de moi avec la sollicitude d’un frère aîné ».
Nul ne méritait plus que M. le baron de Theïs de rencontrer des serviteurs si dévoués, si fidèles : il était si bon !
D’une exquise urbanité avec tout le monde, toujours simple et digne à la fois avec les serviteurs de sa maison, qu’il appelait ses bons amis, M. le baron de Theïs ne ressemblait en rien à ces tristes antiquaires ridés, quinteux, ni surtout à ces maîtres orgueilleux que la voix populaire flétrit du nom de parvenus !
Grand, beau et noble, M. le baron de Theïs n’était pas seulement un archéologue de haut mérite, mais un véritable artiste plein de verve et d’originalité.
Les fleurs de toutes les nuances sortaient de son pinceau, fraîches et délicates ; les antiquités, que le temps avait dégradées, reprenaient sous ses doigts leur splendeur primitive et de sa plume, exercée et sûre, découlaient sans peine et prose et poésie. Témoin les vers suivants (inédits) que M. le baron de Theïs adressait, à son bon docteur et ami, la veille du jour de l’an, 1866 :
A Monsieur le Docteur X....
Verres à pied, majolicas fêlées Râpes d’ivoire et coupes ciselées, Meubles de Boulle, ostensoirs, vieux émaux, Cruches de Flandre et manches de couteaux ; Longs éperons et gothique rapière, Scel de Clovis et châsse de saint Pierre ; De filigrane un charmant coffret, dont Le grand Cyrus à Clélie a fait don ; Missel ou l’or scintille à chaque page. Sac ou Ninon resserrait son ouvrage, Un bouclier par Cellini sculpté. Un grand mirouër de Venise apporté ; Un chevalier peint sur verre, en grisaille, Ayant perdu son bras dans la bataille, Mais de ma main avec art restauré, Un saint de bois, un Cupidon doré ; De Palissy, rustiques figulines, Psaltérions, citharres, mandolines ; Une crédence, un hanap, un dressoir, Un reliquaire, un dyptique, un drageoir ; Fauteuils de bois dont mainte vermoulure Trahit des ans l’inévitable injure ; Bâtons de chantre, heaume, casques, brassards, Crosses d’évêque, arquebuses, poignards ; Tout ce qui porte, enfin, du temps gothique, Naïve empreinte et cachet authentique ; Au jour de l’an Docteur, se sont les vœux Que fait pour toi... Devine, si tu peux !
1er janvier 1866.
Puissent les vœux de M. le baron de Theïs se réaliser au plus tôt ! Puisse la collection déjà si précieuse de M. le Docteur Warmont s’augmenter de jour en jour et nous dédommager de la perte du musée de l’Aventure !
Ce musée, on le sait, est en ce moment à Paris, à l’Hôtel des Ventes. Dans quelques jours, toutes ces antiquités, qui ont fait longtemps le bonheur de l’illustre et infatigable collectionneur de l’Aventure et la gloire de notre pays, iront par le monde et feront un grand nombre d’heureux.
En effet, quelle ne sera pas la joie de l’antiquaire qui aura pu se rendre maître du portrait en émail de François 1er ! du chapelet monté en or et composé de petites boules en verre de Venise ! de la tabatière de l’infortunée reine Marie-Antoinette ! du bas-relief en bois, du XVII° siècle, représentant la Vierge et deux anges en adoration devant le Christ au tombeau ! de la petite horloge allemande, en forme de croix, en cuivre gravé et doré et surmontée d’une sphère marquant les heures ! et surtout du Triptique que l’on a fort admiré à l’Exposition universelle de 1867 (galeries de l'Histoire du travail). C’est une peinture en grisaille et émaux colorés, rehaussée d’or et attribuée à Nardon Pénicaud : le tableau central représente le Calvaire et se compose d’un grand nombre de figures et de cavaliers ; le volet de droite offre le sujet du Baiser de Judas et celui de gauche la Résurrection.
Il faudrait citer tout le Catalogue des objets d’arts et de haute curiosité composant la Collection de feu M. le baron de Theïs, s’il fallait énumérer ici toutes les antiquités que les amateurs se disputent aujourd’hui à prix d’or.
Nous aimons mieux prier nos bons lecteurs de demander ledit Catalogue à M. Ch. Pillet, commissaire-priseur, rue de la Grange-Batelière, n° 70, à Paris, et de le conserver précieusement comme un pieux souvenir du musée de l’Aventure et de son charmant et regretté propriétaire.
III
De l’illustre et ancienne famille de Theïs, il ne reste plus maintenant que Mme la comtesse douairière de Saint-Cricq et son fils, unique neveu de M. le baron Charles de Theïs.
M. le comte de Saint-Cricq, petit-fils du baron Alexandre de Theïs, a épousé, le 8 avril 1863, la fille aînée de M. le compte de Brancion.
Poète et littérateur distingué, M. le compte de Saint-Cricq a publié, en 1868, un volume de poésies diverses, dont voici une fleur choisie, que l’auteur adressait, en 1863, à son oncle, M. le baron Charles de Theïs. (Extrait des Simples rimes, par le vicomte de Saint-Cricq. Paris, impr. Balitout, 7, rue Baillif et rue de Valois, 18. Un beau vol. in-12, de 266 pages).
NOBLES LOISIRS Au baron de Theïs.
Dans ce castel héréditaire, Où vous aimez à vous cacher, Oncle aimable, second père, Heureux qui vient vous chercher !
Heureux qui se voit introduire Sous ce toit grave et retiré, Où l’Art gothique vient reluire, Tel qu’un ciboire au lieu sacré.
Dès l’abord, on sent, on devine, Les beaux penchants du possesseur, Dont la pensée erre et butine En arrosant arbuste et fleur.
Il a replié sa voilure Et, fatigué du bruit des mers, L’intimité de la nature Emplit ses jours de doux concerts ;
Puis, quand l’hiver ou l’été rudes, Sous clef l’enferment au logis, D’autres plaisirs, d’autres études, Pour brûler l’heure sont requis.
Le bois, et l’ivoire, et la glaise, De ses mains sortent transformés ; Il replonge dans la fournaise L’émail et l’or amalgamés.
Il est le roi des antiquaires, Et, de leur crypte, il fait sortir Les longs parchemins légendaires Qui s’étaient roulés pour dormir.
Il vous refait un point d’histoire D’après un clou. Tel on a vu Cuvier, de géante mémoire ! Refaire un mammouth imprévu.
Ne croyez point qu’à sa muraille Pende l’écu de Childebrand, Ni le mors, qu’avant la bataille Rongeait le cheval de Roland ;
Ni la fantastique dépouille Du Goth par le Vandale occis, Ni ta mince et chaste quenouille, Douce patronne de Paris !
Non ! Tout, chez lui, sent l’authentique, Et passe au quadruple creuset, Avant d’orner l’écrin magique De son sobre et pur cabinet.
C’est là qu’il dégage la route Epineuse encor aux savants ; C’est là, qu’en sa paix, il écoute Le cri lointain des ouragans !
Dans se castel héréditaire, Où vous aimez à vous cacher, Oncle aimable, second père, Heureux qui vient vous chercher !
(Extrait de la Défense nationale.)
(1) La devise de Theïs est: « De tout me tais » Les armes de la famille de Theys (Dauphiné) sont : « De gueules, à deux fasces engrilées d’argent »
(2) Notice sur M. le baron de Theïs père, écrite pour la Société académique de Laon.
(3) Voici l’inscription tumulaire que l’on peut lire encore aujourd’hui dans le chœur de l’église Notre-Dame de Chauny : « cy-gisent les corps de honorable homme Simon de La Marlière, bourgeois et ancien juré de la ville de Chauny, qui décéda le 26 mars 1658 et de demoiselle Louyse de Theïs, sa femme, qui décéda le 20 avril 1646, Priez Dieu pour leurs âmes. Faict à Senlis par Jean Boucher, tumbier » On voit dans la même église et dans l’église de Braine des lambris de valeur « faicts en 1663 par Philippe de Theïs » (Arch. de N.-D.)
(4) le château de l’Aventure est situé à un kilomètre de Chauny (Aisne), sue le territoire de la commune d’Autreville, à un kilomètre du village. Les citées ouvrières d’Autreville et de Sinceny et le hameau de Marizelle l’avoisinent.
(5) Dédicace de Sapho, tragédie-lyrique en trois actes, en vers, représentée pour la première fois sur le théâtre de la rue de Louvois, le 14 décembre 1794. Cette pièce eut un grand succès.
(6) Notice nécrologique sur M. le baron de Theïs (Alexandre-Etienne), par J. Bousquet. Ext. du biographe et l’historien, etc. Paris, 1855. |